Au Grand Palais,
une exposition revient sur les ancêtres de la hype bohème. Entre nomadisme et
cartomanciennes, retour en images, en poèmes et en proverbe sur un phénomène
cinq fois séculaire.
Alors que les
hipsters de Williamsburg ont décoloré sur le reste de la planète branchée (bien
que le reflux de la tendance soit amorcé), la figure du créatif, pas encore
rivé à sa tablette à la pomme, a longtemps eu pour référence un seul mot : « la
Bohème ». Un mot qui évoque aussi bien des mansardes montmartroises que
des ateliers de Montparnasse, un art de
vivre insouciant à défaut d’être argenté: l’atelier est frais, la mansarde
brûlante l’été, glaciale l’hiver, et la tuberculose a toujours tendance à pointer
le bout de son nez.
Immortalisée par
Puccini, Nerval autant que par Aznavour, la bohème incarne un âge d’or
artistique qui est aussi un regard celui
d’une jeunesse perdue. Difficilement définissable, située quelque part entre la
première moitié du 19ème siècle et le début du 20ème, la « bohème » correspond aussi à un mouvement de
transformation profonde de la scène artistique. Pour la première fois, le
peintre, le musicien, le compositeur, bref, l’Artiste avec un grand A
s’affranchit de son commanditaire. On créé pour soi, plus forcément pour
l’Eglise ou la Noblesse, à la rigueur pour la nouvelle bourgeoisie industrielle
avide de faire décorer ses hôtels particuliers. Cette nouvelle indépendance,
qui est aussi, en partie, une conséquence de la Révolution Française et de
l’abolition des ordres, est une bombe conceptuelle dont les effets se font
encore sentir aujourd’hui : l’artiste est désormais individu, individuel, et
parfois individualiste. Quitte à en mourir…
Si les méga-stars
d’aujourd’hui sont les héritières de la « bohème » (pensez au premières années
de Madonna à New-York), le terme remonte en fait à la fin du 17ème siècle. A
cette époque, la bohème est attribuée « à un homme qui mène une vie sans règle
». Sans règles : c’est-à-dire voyageur, sans attaches, tel un bohémien. «
Bohèmes », la très belle exposition organisée en ce moment au Grand Palais,
revient aux origines de ce phénomène, et détricote cinq siècles d’histoire pour
sonder les sources profondes de ce phénomène. Gitans, cartomanciennes,
Tsiganes, bohémiens et bohémiennes sont ainsi convoquées, à côté des artistes «
de la Bohème », au fil d’une
scénographie faite non seulement de tableaux, mais aussi de gravures, de
partitions, d’autographes, d’extraits musicaux… Mettant ainsi en lumière les
liens profonds unissant la culture occidentale à ces civilisations nomade dont
l’empreinte est aujourd’hui décidément plus vivace que jamais.
Source : www.vogue.fr




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