Le jeune créateur
américain Alexander Wang devrait être nommé à la direction artistique de
Balenciaga, en remplacement de Nicolas Ghesquière, dont la collaboration avec
la maison de couture a pris officiellement fin vendredi 30 novembre. C'est le
site Internet du magazine spécialisé Women's Wear Daily (WWD) qui a révélé
cette prochaine nomination, une information que le milieu de la mode à Paris a
confirmé. Balenciaga en revanche se contentait de parler de "rumeurs"
tandis que la maison-mère, PPR, se refusait à tout commentaire.
Après quinze années
de collaboration, Nicolas Ghesquière avait annoncé son départ de la maison de
couture. Admiré pour ses créations avant-gardistes, il avait fait renaître la
griffe créée en 1919 par Cristobal Balenciaga. Avec une soixantaine de magasins
dans le monde, la marque est devenue l'un des joyaux de l'empire PPR, qui
compte aussi Gucci, Yves Saint-Laurent, Alexander McQueen, Stella McCartney et
Bottega Veneta.
"Nous allons
continuer la stratégie mise en place depuis presque six ans, qui est de faire
de la griffe un acteur majeur du monde de la mode et du luxe", affirmait
récemment la PDG de Balenciaga, Isabelle Guichot. Une stratégie qui a fait ses
preuves puisque, selon elle, le chiffre d'affaires de la maison affiche une
"croissance à deux chiffres sur les neuf premiers mois de l'année et a été
multiplié par onze depuis la reprise de Balenciaga par PPR, en 2001".
"RUPTURE"
Pour autant, le
choix du jeune designer californien de 28 ans, chouchou de la mode new-yorkaise
et établi en Chine, représente a priori une "rupture", estime Serge
Carreira, maître de conférence à Sciences Po, spécialiste de la mode et du
luxe. "Chez Balenciaga, il existe aujourd'hui une dimension couture,
l'esprit d'une élégance très parisienne, alors qu'Alexander Wang joue sur une
décontraction moderne", a-t-il expliqué. Il insiste sur "l'exercice
subtil" auquel l'Américain devra se livrer "pour interpréter le
patrimoine Balenciaga et en même temps apporter sa propre vision".
Cependant, si cet
équilibre est réussi, Alexander Wang "pourra sortir Balenciaga d'une
certaine virtuosité technique pour le rendre tout aussi moderne mais
correspondant à un marché plus large", estime-t-il. Car le choix de M.
Wang est aussi celui d'une certaine jeunesse, le designer étant surtout connu
pour ses lignes sexy, ajourées et graphiques, ses silhouettes souvent
monochromes. Sans compter sa collection de tee-shirts.
Autre atout du
créateur, il est américain, mais ses parents sont d'origine taïwanaise, son
père habite Hongkong, sa mère, Shanghaï, il parle mandarin et a déjà ouvert un
magasin de deux étages à Pékin. "Il est établi sur les deux marchés
essentiels." Avec lui, Balenciaga peut "consolider le marché
historique fondamental que représentent les Etats-Unis, et s'assurer le marché
chinois, qui à moyen terme, est l'un des plus gros pour le secteur",
souligne le spécialiste. Avec sa propre marque de prêt-à-porter femmes, qu'il a
lancée dès 2007, le jeune créateur s'est en tout cas montré un homme d'affaires
avisé. Il est commercialisé dans quelque deux cents magasins aux Etats-Unis et
a choisi Paris comme point de départ pour une expansion européenne.
En attendant, les
fashionistas qui adulaient Nicolas Ghesquière l'attendent au tournant et, sur
Twitter, beaucoup soulignaient l'ampleur du défi qu'il va devoir relever.
Source : http://www.lemonde.fr
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